Fluctuat Nec Mergitur

Il m’aura fallu quasiment trois semaines. Trois semaines pour trouver le courage de reprendre ce clavier après les terribles événements survenus à Paris ce fameux 13 novembre.

Je ne pouvais décemment pas venir poser des mots futiles ici sans avoir plus ou moins encaissé tout ça. Alors pendant 15 jours, j’ai trainé au fond de mon sac, une feuille chiffonnée et un stylo. De quoi noter quelques lignes qui me permettaient de coucher quelque part ce qui bouillonnait tout au fond de moi, ma tristesse, ma peine et laisser couler mes larmes. Pas de colère, non. Juste du désarroi, de la douleur, du dégoût et aussi de la peur. Oui, de la peur, parce-que j’aurais pu y être au Bataclan ce soir-là. Mais aussi rue de Charonne que j’ai si souvent arpentée de jour comme de nuit alors que j’y habitais encore il y a quelques mois seulement, pour y avoir bu un verre trois jours seulement avant la tragédie. Je ne sais pas par quel miracle je n’y étais pas quand ils sont venus canarder leur haine sur les gens heureux. Mais ce n’est pas suffisant pour atténuer ma peine, ma peur.

Thomas, Jean-Jacques, Maxime, Mathieu, Marion, Fanny, Marie, Olivier, Hélène, Hyacinthe, Stella, Michelli, Ciprian, Halima, Guillaume, Lacramioara, Mohamed, Jorge, Sébastien… des prénoms qui nous semblent à présent si familiers, tellement nous avons pu parcourir cette liste dans la crainte d’y trouver un nom et un prénom connus.  Puis finalement, je n’en connaissais aucun, mais je les pleure comme si c’était le cas, parce qu’eux c’est nous, c’est moi, ce sont ceux que l’on aime. Ni politiciens, ni révolutionnaires, ni blancs, ni noirs, ni soldats, ni connus, ni religieux, ni engagés. Juste libres. Et heureux. Comme vous et moi. Et ils sont morts pour ça.

Alors même s’il ne faut pas avoir peur parce-que ce serait leur donner victoire, renoncer à la vie et cautionner leur fanatisme, même s’il faut rester debout pour leur montrer qu’ils ne nous battrons pas, je ne peux m’empêcher de trembler. Je suis debout, je résiste, mais je tremble.

En attendant de retrouver l’insouciance et la légèreté que notre beau pays nous donne en culture, je sèche mes larmes pour apprécier la liberté. Ouvrir une bouteille de vin, écouter de la musique, se retrouver entre amis, me blottir contre celui que j’aime, prendre du bon temps… et reprendre espoir. Autant de choses qui nous semblaient tellement naturelles avant que les barbares ne veuillent nous les enlever et qui pour réponse ont reçu ce que l’Homme a de meilleur : la solidarité.

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